ICP et légal21 min de lectureFaits vérifiés le 1 novembre 2026

Quels contenus sont interdits sur un site web en Chine ?

La liste légale est courte et vague. Les ennuis documentés par les entreprises étrangères sont bien plus précis.

La réponse courte

La Chine interdit neuf grandes catégories, des atteintes à l'unité nationale à la pornographie. Pour une entreprise étrangère, les ennuis documentés sont surtout géographiques : Taïwan, Hong Kong, Macao ou le Tibet présentés comme des pays, et des cartes erronées. Aucune liste officielle de mots trouvée. La portée sur un site hébergé à l'étranger reste floue, un projet de 2026 l'aborde.

  1. L'article 15 des Mesures chinoises sur Internet, révisées le 6 décembre 2024, liste neuf catégories interdites, dont la dernière est une clause fourre-tout.
  2. Le site chinois et l'application de Marriott ont reçu l'ordre de fermer une semaine en janvier 2018 à cause de listes de pays.
  3. Pékin a infligé une amende à une filiale de 7-Eleven en décembre 2021 pour une carte sur son site : environ 150 000 RMB dans la plupart des articles.
  4. Une étude publiée en 2021 a constaté que plus de 85 % des mots-clés interdits par le pare-feu avaient été remplacés depuis 2014.
  5. Un projet de réécriture des Mesures, rouvert aux commentaires le 3 juillet 2026, traite directement des prestataires étrangers. Nous n'avons trouvé aucun texte final.

La plupart des conseils sur ce sujet se résument à une liste de thèmes qui fait peur ou à un vague appel à la prudence. Ni l’un ni l’autre ne dit quoi changer sur votre site.

Ce guide part des textes et des cas que nous avons pu lire, et il dit où ils s’arrêtent. Il s’inscrit dans notre guide sur les bases légales d’un site web en Chine.

Si vous partez d’un site en français, votre première question porte sur ce que vous avez déjà publié : une carte de vos implantations, un formulaire avec une liste de pays, un drapeau dans le sélecteur de langue. Les listes et les cartes, plus que vos articles, reviennent dans les cas documentés.

Si vous cherchez quels sites et applications sont bloqués en Chine, ce n’est pas le sujet de cette page. Ici, la question est ce que le droit et la censure chinois visent dans ce que vous publiez sur votre propre site.

Nous ne prenons pas position sur les différends politiques derrière ces règles. Cette page décrit leur application, et ce n’est pas un conseil juridique.

Quels contenus sont interdits en Chine ?

Neuf catégories sont interdites par l’article 15 des Mesures sur les services d’information sur Internet.1 Elles sont larges, et la neuvième reste ouverte.

N°Contenu interdit (article 15)Où une entreprise peut déraper (notre lecture)
1Opposition aux principes fondamentaux de la ConstitutionCommentaire politique
2Atteinte à la sécurité nationale, divulgation de secrets d’État, subversion du pouvoir d’État, atteinte à l’unité nationaleLibellés de territoires, cartes
3Atteinte à l’honneur et aux intérêts de l’ÉtatCommentaires sur l’État ou ses symboles
4Incitation à la haine ou à la discrimination ethnique, atteinte à l’unité entre les ethniesTexte maladroit sur des groupes ethniques
5Atteinte à la politique religieuse de l’État, promotion de sectes ou de superstitionsProduits religieux, services spirituels
6Diffusion de rumeurs, trouble à l’ordre social ou à la stabilitéAffirmations non vérifiées sur des événements
7Obscénité, pornographie, jeux d’argent, violence, meurtre, terreur, incitation au crimeParis, produits pour adultes, images violentes
8Insulte ou diffamation, atteinte aux droits légitimes d’autruiAttaques contre des concurrents nommés
9Tout autre contenu interdit par les lois ou règlements administratifsSans limite : c’est ce qui empêche d’utiliser cette liste comme une grille de sécurité

Les Dispositions de 2019 sur les contenus en ligne reprennent l’essentiel de cette liste et y ajoutent quelques points.

Leur article 6 compte 11 catégories. Parmi les nouvelles : déformer ou insulter les héros et les martyrs, promouvoir le terrorisme ou l’extrémisme, et les rumeurs qui troublent l’ordre économique.2

L’article 7 est celui qui échappe souvent aux équipes marketing. Il énumère neuf types de contenus « indésirables » contre lesquels les producteurs doivent se prémunir, même s’ils ne sont pas qualifiés d’illégaux.2 On y trouve :

  • Les titres exagérés qui ne correspondent pas au contenu
  • La mise en avant de scandales ou de ragots
  • Les allusions sexuelles
  • Les images sanglantes ou choquantes
  • La discrimination envers des groupes ou des régions

Les superlatifs sont un autre sujet, qui relève du droit de la publicité. Voir les mots interdits dans la publicité en Chine.

Ces règles s’appliquent-elles à un site hébergé à l’étranger ?

En partie, et les textes laissent un vrai vide. Les règles de contenu sont écrites pour l’activité en Chine, tandis que la règle de blocage vise les contenus venus de l’extérieur.

TextePortée déclaréeEffet sur un contenu étranger
Mesures, article 2 1Services d’information sur Internet en RPCNe dit rien
Dispositions de 2019, article 2 2Gouvernance des contenus en ligne en RPCNe dit rien
Loi sur la cybersécurité, article 52 3Informations interdites venues de l’extérieur de la RPCLes organismes compétents doivent en bloquer la diffusion
Loi sur la cybersécurité, article 77 3Organismes étrangers dont l’activité nuit à la cybersécurité de la ChineResponsabilité juridique, plus gel d’avoirs ou autres sanctions dans les cas graves. Nous n’avons rien lu qui l’applique au contenu ordinaire d’un site
Dispositions sur la recherche, articles 7 et 8 4Services de recherche en RPCLes moteurs retirent les résultats contenant clairement des contenus interdits

Nous n’avons lu aucun texte ni aucune décision disant que les sanctions de l’article 15 s’appliquent à un site étranger sans présence en Chine. Nous n’avons rien lu non plus qui dise le contraire. Considérez la question comme ouverte, et posez-la à un conseil local.

Un projet de 2026 aborderait ce vide

Le 3 juillet 2026, l’Administration du cyberespace de Chine a rouvert aux commentaires une réécriture complète des Mesures, qui compte désormais 94 articles. Les commentaires ont pris fin le 2 août, et nous n’avons trouvé aucun texte final au 1er novembre 2026.28

Ce n’est qu’un projet, sa date d’entrée en vigueur n’est pas renseignée et il peut changer. Voici les parties utiles ici.

Article du projet 28Ce qu’il dit
Article 24Toujours neuf catégories, reformulées, et elles lient les utilisateurs comme les prestataires. Le texte ajoute les informations fausses ou trompeuses, le dénigrement des militaires et des anciens combattants, et l’atteinte aux droits de propriété intellectuelle
Article 25Les prestataires doivent se prémunir contre les contenus indésirables, dont l’emballement autour des grandes politiques, des situations d’urgence et des affaires majeures
Article 29Si des organisations ou des personnes étrangères diffusent des contenus de l’article 24 portant atteinte à la sécurité nationale et à l’intérêt public, les autorités peuvent prendre les « mesures nécessaires » prévues par les lois applicables
Article 92Les organisations ou personnes étrangères qui fournissent des services d’information sur Internet vers la RPC doivent respecter les lois et règlements chinois

L’article 2 du projet parle toujours de services en RPC : l’articulation de ces passages n’est donc pas réglée. S’il est adopté, demandez à un conseil local ce qu’il change pour vous.

Quatre barrages que votre contenu peut rencontrer

Quoi que disent les textes, votre contenu peut être arrêté à quatre endroits.

BarrageQui agitCe qui peut arriverSite hébergé à l’étranger ?
Votre hébergeurFournisseur cloud en Chine continentaleArrêt de la transmission, y compris blocage d’URL 6Sans objet
Le pare-feuLes autorités, au titre de l’article 52Mesures techniques pour bloquer la diffusion 3Oui
Les moteurs de rechercheLe moteurRésultats clairement interdits retirés, traces conservées, signalement à l’autorité du cyberespace 4Oui, par l’intermédiaire du moteur
Les régulateursAutorités du cyberespace, du marché et de la sécurité publiqueInjonctions, fermeture, amendes et responsabilité pénale dans les cas graves 18Dans les cas lus, la cible avait une activité ou un marché en Chine

L’article 52 ne nomme pas le pare-feu. Cette étiquette est la nôtre, et ce que le Grand Firewall change pour votre site détaille le mécanisme.

Selon l’article 20 des Mesures, enfreindre l’article 15 peut entraîner une responsabilité pénale ou des sanctions de sécurité publique. Un opérateur sous licence peut perdre sa licence, et un site enregistré peut être fermé.1

L’avis d’AWS Chine d’avril 2026 montre le premier barrage à l’œuvre. Il cite la Loi sur la cybersécurité modifiée, en vigueur depuis le 1er janvier 2026, et se réserve le droit d’arrêter la transmission, y compris par blocage d’URL.6

Cloudflare indique que son partenaire JD Cloud doit examiner le contenu de chaque domaine avant l’activation de son China Network.7

Sur une infrastructure en Chine continentale, votre contenu répond donc aux règles de votre prestataire autant qu’à la loi. Voir enregistrement ICP ou licence ICP.

Si votre site est déjà inaccessible, le contenu n’est qu’une cause possible. Lisez d’abord pourquoi des sites sont bloqués en Chine.

La géographie : là où les entreprises se font vraiment prendre

Toutes les sanctions visant des entreprises étrangères que nous avons lues dans ce domaine portent sur des noms de lieux ou des cartes, pas sur des opinions. La plupart concernent des listes, pas des prises de position.

DateEntrepriseOù c’est apparuLe problèmeSuite
Janv. 2018MarriottEnquête par e-mail aux membres, site, application 8Hong Kong, Macao, Taïwan et le Tibet proposés comme pays à côté de la ChineSite chinois et application fermés une semaine, enquête ouverte 8
Janv. 2018ZaraUne option sur zara.cn 9Taïwan désigné comme un paysCorrection et excuses sur le site exigées avant 18 h le jour même 9
Janv. 2018MedtronicOption de pays sur medtronic.com 9« Republic of China (Taiwan) » listé parmi les paysMême injonction 9
Janv. 2018DeltaSite web 10Taïwan et le Tibet listés comme paysExcuses publiques et enquête exigées 10
Janv. 2018MujiPlan d’implantation des magasins dans un catalogue de mobilier distribué à Chongqing 25Pékin a dit qu’il omettait les îles Diaoyu et nommait mal TaïwanDestruction du catalogue ordonnée 25
Mai 2018MujiEmballage de produit 11Taïwan donné comme pays d’origineAmende de 200 000 RMB, au titre du droit de la publicité 11
Déc. 2021Filiale de 7-Eleven, PékinCarte sur son site 24Taïwan présenté comme un pays, îles omises ou sans nom chinois, erreurs de frontières 1224Avertissement, carte à corriger et amende : environ 150 000 RMB dans la plupart des articles 1224, 50 000 RMB dans l’un d’eux 30

Trois constats ressortent, et le dernier compte le plus.

  • C’est rarement une page qu’on penserait à relire. Le problème de Marriott est apparu dans un e-mail et une enquête clients, puis dans une liste de destinations du site et un menu de l’application.8
  • La rapidité a compté. Zara et Medtronic ont eu quelques heures pour corriger la page et publier des excuses.9
  • Toutes les cibles nommées avaient une activité ou un marché en Chine. L’avis de Shanghai visait les entités exploitant les sites.9 Delta dessert la Chine sous le contrôle d’un régulateur chinois.10

Le cas Marriott montre qu’une même erreur peut relever de plusieurs textes. Les autorités locales l’ont soupçonné d’avoir enfreint à la fois la Loi sur la cybersécurité et la loi sur la publicité.8

Bird & Bird résume le principe publicitaire en jeu : les publicités ne doivent pas porter atteinte à la dignité ou aux intérêts de la Chine.13

Et du côté français et canadien ?

Le sujet a aussi touché des entreprises françaises et canadiennes, ainsi que Bulgari, propriété de LVMH, sans sanction chinoise dans les textes que nous avons lus. Il s’agit de pressions et de polémiques, à ne pas confondre avec les sanctions du tableau précédent.

DateEntrepriseCe qui s’est passéCe que disent les sources
2018Air FranceDemande de l’aviation civile chinoise du 25 avril à 36 compagnies, avec 30 jours pour agir 31Air France s’y est pliée pour Taipei et Kaohsiung, selon la question du sénateur Bockel. Le ministère confirme les demandes 31
2018Peugeot, Citroën, Louis VuittonMention de Taïwan, sans précision sur le support 3132« Ont fait de même », selon cette question. Affirmation d’un parlementaire, que la réponse ne confirme pas 31
Mai 2018Air Canada« Taipei, CN » sur le site de réservation, « Taipei, China » sur une page promotionnelle 33Taïwan restait un pays sur d’autres pages. La compagnie dit se conformer aux exigences de chaque pays desservi 33
Oct. 2019DiorCarte sans Taïwan dans une présentation à l’université Zhejiang Gongshang, à Hangzhou 34Excuses sur Weibo. L’article ne mentionne ni régulateur ni sanction 34
Juill. 2023BulgariTaïwan dans une liste de pays sur son site international 38Excuses sur Weibo pour une « erreur de management ». L’article ne mentionne aucune mesure officielle 38

La demande chinoise visait « Taïwan, Chine » ou « Région de Taïwan, Chine », selon le député Masséglia.32 N’attendez pas de libellé officiel de la France : le sénateur en demandait un, et le ministère a répondu que « les entreprises françaises privées sont libres de la façon dont elles communiquent sur Internet ».3132

Bulgari est une polémique de 2023, pas une sanction : le constat sur l’absence de cas après décembre 2021 porte sur les sanctions.

Nos recherches en français n’ont fait ressortir aucun cas belge ou suisse, ce qui ne prouve pas leur absence.

Comment nommer ces territoires

Évitez le mot « pays » sur toute liste qui inclut ces lieux, mais n’attendez pas d’un nouvel intitulé qu’il règle tout.

John Yunker, consultant en mondialisation de sites web, voit dans « Select Country » (choisir un pays) le message à risque et conseille de retirer les drapeaux des sélecteurs.16

Le menu de l’application Marriott indiquait déjà « Country/Region » (pays ou région), et National Business Daily l’a tout de même relevé parce que la Chine et Taïwan y figuraient côte à côte.8

BNP Paribas a renommé son entrée « Taïwan, Chine » après des critiques en 2019.23

La même année, des internautes chinois ont dénoncé le menu du site de Samsung, où Hong Kong et Taïwan avaient chacun leur lien, séparé de celui de la Chine continentale. La liste comprenait pourtant aussi La Réunion, Mayotte et Porto Rico, relève l’AFP. Samsung n’a pas commenté, et l’article ne rapporte ni excuses ni sanction, mais le chanteur Zhang Yixing a annoncé rompre sa collaboration avec le groupe.39

Les cartes méritent leur propre vérification

Les cartes ont leur propre règlement, et il va bien au-delà des frontières nationales. Une carte du monde sur votre page « Nos implantations » est concernée.

Le Règlement sur la gestion des cartes, en vigueur depuis le 1er janvier 2016, prévoit :5

  • Interdit sur les cartes (article 8) : tout contenu portant atteinte à l’unité, à la souveraineté, à l’intégrité territoriale, à la sécurité ou à l’unité entre les ethnies, ainsi que les secrets d’État.
  • Frontières (article 10) : la frontière de la Chine doit suivre la carte type officielle, et celles entre autres pays une carte de référence.
  • Examen (article 15) : les cartes rendues publiques doivent passer un examen, sauf les cartes simples comme celles de sites touristiques, de rues ou de métro.
  • Affichage (article 24) : nul ne peut publier ou afficher une carte non conforme aux normes nationales.
  • Sanctions (articles 49 et 50) : correction, avertissement, confiscation et amende pouvant atteindre 100 000 RMB.

Dispensé d’examen ne veut pas dire hors réglementation. Selon l’article 50, une carte dispensée d’examen peut quand même être sanctionnée si elle ne respecte pas les normes.5

Les amendes rapportées vont plus haut. Leurs sources ne citent pas toujours la loi appliquée, et le chiffre de 7-Eleven dépasse ce plafond sans explication.

CasOù se trouvait la carteAmende rapportée
Une société de marketing, non nommée 13Une publicité1 million de RMB
Bright Dairy, entreprise chinoise, 2020 26Une publicité vidéo sur son propre site300 000 RMB
Filiale de 7-Eleven, Pékin, 2021 24Son siteEnviron 150 000 RMB, au titre des articles 15 et 37 selon Taiwan News

Les services de cartes sur Internet ont un chapitre à part. L’article 34, par exemple, impose que les serveurs stockant les données cartographiques soient en Chine continentale.5 Nous n’avons rien lu sur le fait de savoir si une simple carte intégrée fait d’un site le prestataire d’un tel service.

Le ministère des Ressources naturelles a aussi publié en février 2023 une spécification sur le contenu des cartes publiques.29 Nous avons lu l’avis, pas le texte joint : faites-la vérifier par un conseil local.

L’article 2 couvre les activités cartographiques en RPC.5 Rien de ce que nous avons lu ne traite de son application à un site hébergé à l’étranger.

Vérification gratuite

Votre site est-il visible sur Baidu ?

Entrez votre site. Nous vérifions Baidu, l'accès depuis la Chine et la configuration de votre site, puis vous envoyons le rapport par email.

Existe-t-il une liste de mots interdits ?

Pas de liste officielle que nous ayons pu trouver. Celles qui circulent viennent de prestataires, de fuites et de chercheurs, et elles décrivent des systèmes différents.

SourceCe qu’elle décritLimite
Rambert et al., 2021 17Filtre de mots-clés du pare-feuDétection dans les requêtes HTTP, aucune preuve d’inspection des réponses HTTP
Citizen Lab, 2023 14Règles des champs de recherche sur huit plateformesDéclenchées par la requête, pas par votre page
Chinafy 18Une liste de veille commercialeSa propre page ne garantit pas 100 % d’exactitude
Jing Daily, 2018 19Dix sujets tabous pour le luxeInclut le Japon et la K-pop, et la page que nous avons pu lire ne cite aucune loi

Deux résultats changent la façon de lire ces listes.

D’abord, la liste du pare-feu évolue vite. L’étude de 2021 a constaté que plus de 85 % des mots-clés interdits avaient été remplacés depuis 2014, les nouveaux étant liés à l’actualité récente.17 Toute liste achetée est un instantané.

Ensuite, ce filtre regardait les requêtes. L’étude n’a trouvé aucune preuve d’inspection des réponses HTTP, ni de déchiffrement massif du HTTPS.17

Nous n’avons donc rien trouvé qui appuie l’idée qu’un seul mot dans le texte de votre page le déclenche.

Cela ne rend pas les mots inoffensifs. La même étude a observé une réaction aux noms d’hôtes interdits : un nom de domaine peut donc compter.17 D’autres lecteurs voient votre page, dont les moteurs, les hébergeurs et les régulateurs, et l’étude a cinq ans.

Le conseil français le plus direct que nous ayons lu vise Baidu plutôt que le pare-feu. Une chronique du Journal du Net de 2016 affirme que le moteur surveille les contenus antigouvernementaux, pour adultes ou liés au jeu, et qu’un contenu signalé peut faire désindexer tout le site. Elle ajoute que des images de bain de soleil ou de porcelet ont été prises pour des nus par l’algorithme.37 Elle ne cite aucune source et elle a dix ans : lisez-la comme un avertissement, pas comme une règle vérifiée.

Ce que cela change pour votre visibilité

Parfois, votre page n’est pas du tout le problème. C’est la requête.

Citizen Lab a recensé plus de 60 000 règles uniques sur huit plateformes.14 Certaines ne renvoient rien. D’autres n’affichent que des sources autorisées, en général des sites gouvernementaux chinois et des médias d’État.15

Dans son test d’octobre 2022 sur 18 863 noms, Baidu en censurait 219 et Bing 189.15 Bing n’en a effacé complètement aucun, et ses règles ne s’appliquaient qu’aux internautes de Chine continentale.1415

Sur certaines requêtes, un site étranger n’a donc peut-être aucun moyen d’apparaître. C’est notre déduction : les chercheurs ont mesuré des requêtes, pas des sites. Ne bâtissez pas de plan de mots-clés sur ces sujets.

Fig. 1Trois risques à ne pas confondre

Interdiction légale

  • Un texte
  • Une autorité
  • Une sanction

Filtre technique

  • Une requête ou un domaine
  • Aucune explication donnée

Réaction du public

  • Des critiques en ligne et des excuses
  • Parfois sans aucune règle

Une liste de mots ne traite que le deuxième.

Le troisième risque de ce visuel mérite un mot. Les ennuis de la banque française BNP Paribas en 2019 viennent d’internautes chinois qui ont épluché son site après le message personnel d’un employé, d’après finews.asia.23

En 2019 aussi, Swarovski s’est excusé d’avoir présenté Hong Kong comme un pays sur son site. FashionUnited ne rapporte aucune sanction publique, mais l’agence de Jiang Shuying a demandé la fin de leur partenariat.35

Des listes comme celle de Jing Daily citent aussi des sujets, comme la K-pop, qu’aucun texte lu n’interdit.19 Votre relecteur chinois doit juger à la fois la loi et la réaction.

Les sujets qui exigent une licence, pas seulement de la prudence

Certains sujets ne sont permis qu’aux opérateurs agréés, quel que soit le soin apporté à la rédaction. Ces deux règles couvrent les services en Chine.2122

SujetRègleCe que cela signifie
ReligionMesures de 2021, article 6, en vigueur le 1er mars 2022 21Une licence est nécessaire, et les organisations ou personnes étrangères, comme les entités qu’elles créent en Chine, ne peuvent pas y fournir ces services
Commerce religieuxMesures de 2021, article 14(9) 21La promotion commerciale au nom de la religion figure sur la liste des interdits
ActualitéDispositions de 2017, articles 2 et 5 22Une licence est nécessaire pour les reportages et commentaires sur la politique, l’économie, l’armée, la diplomatie et les événements soudains

La définition de l’actualité est large, et elle mentionne l’économie. Nous n’avons rien lu sur le fait de savoir si les analyses de marché d’une entreprise constituent un service d’actualité. Interrogez un conseil local si vous comptez en publier depuis la Chine.

Si vous vendez dans un secteur réglementé comme la santé ou la finance, attendez-vous à plus de règles que celles de cette page.

Comment relire votre site avant de publier

Commencez par vos listes, pas par vos articles : c’est là que se trouvent les erreurs documentées. Cette relecture doit être faite par quelqu’un qui lit le chinois, et elle ne remplace pas un conseil juridique.

  1. Exportez chaque liste. Vérifiez les menus de pays, de régions, de livraison et d’indicatifs téléphoniques, dans les formulaires et dans votre application.
  2. Cherchez dans votre texte chinois. Repérez 国家 (pays) près de 台湾, 香港, 澳门 et 西藏, les noms de Taïwan, Hong Kong, Macao et du Tibet.
  3. Trouvez chaque carte et chaque drapeau. Y compris dans les images, les PDF, les présentations et les icônes d’un sélecteur de langue. Le cas Dior montre qu’une présentation peut suffire à déclencher une polémique.34
  4. Lisez la traduction. Une machine peut transformer « pays où nous sommes présents » en exactement la mauvaise liste. Voir la traduction automatique suffit-elle pour la Chine.
  5. Vérifiez ce que d’autres peuvent publier. Selon l’article 16, les prestataires concernés doivent stopper les contenus clairement interdits, conserver les traces et les signaler.1 Commentaires et contenus déposés doivent avoir un responsable.
  6. Incluez vos e-mails et vos enquêtes. Le problème de Marriott est apparu dans un envoi.8 Il en va de même pour votre compte WeChat, où les plateformes peuvent restreindre ou fermer des comptes.2
  7. Désignez qui peut agir vite. Quelqu’un doit pouvoir modifier une page en ligne en quelques heures.
Fig. 2Ce qu'il faut revoir en priorité
  1. Liste de pays avec Taïwan, Hong Kong, Macao ou TibetÀ corriger d'abord
  2. Carte du monde ou de la ChineÀ remplacer
  3. Sélecteur à drapeauxÀ retirer
  4. Titre racoleurÀ réécrire
  5. Commentaires ouvertsÀ modérer

Verdict

Corrigez les libellés et les cartes, écrivez des titres honnêtes et restez à l’écart du commentaire politique. Faites appel à un conseil si votre secteur touche à la religion, à l’actualité, à la santé ou à la finance.

Ce qu’il faut retenir

La liste des interdits est large, mais les erreurs documentées sont étroites : noms de lieux, listes de pays et cartes.

Corrigez-les d’abord. Acceptez ensuite que personne ne puisse certifier votre site, parce que les règles restent ouvertes et que les filtres ne sont pas publiés. Gardez un œil sur le projet de 2026, qui pourrait changer la réponse pour les sites gérés depuis l’étranger.

Comment Index in China peut vous aider

Nous traduisons votre site en chinois simplifié avec un relecteur humain et travaillons à le faire indexer par les moteurs de recherche chinois.

Nous ne donnons pas de conseil juridique et nous ne validons pas les contenus. Nous vous dirons quand votre cas relève d’un conseil local. Voir ce que nous faisons ou réserver un appel de 30 minutes.

Réserver 30 minutes

Questions fréquentes

Un seul mot sensible peut-il faire bloquer tout mon site ?

Nous n'avons trouvé aucune source qui le montre. L'étude de 2021 a vu des mots-clés repérés dans les requêtes, sans preuve d'inspection des réponses HTTP, et une détection perturbait le trafic entre deux hôtes pendant quelques minutes.17 Une chronique du Journal du Net de 2016 affirme qu'un contenu signalé rend tout le site « probablement désindexé » sur Baidu, mais elle ne cite aucune source.37 Votre contenu n'est pas hors de cause pour autant : moteurs, hébergeurs et régulateurs peuvent lire une page publique, et un domaine entier peut être bloqué.

Ces règles me concernent-elles si mon site n'est qu'en français ?

C'est possible. L'article 15 ne mentionne aucune langue, et Citizen Lab a relevé des règles de censure de la recherche en anglais, en chinois et en ouïghour.114 Toutes les sanctions que nous avons lues concernent des pages en chinois ou un marché chinois, mais cela ne vous met pas à l'abri juridiquement. L'injonction visant Medtronic citait medtronic.com : vérifiez toute version qu'un lecteur chinois peut atteindre.9

Puis-je parler du Tibet ou de Taïwan sur mes pages en français ?

Nous ne pouvons pas vous donner de règle sûre. Les sources que nous avons lues ne disent pas si une version non chinoise d'un site relève de ces règles, et les cas ne tranchent pas. Le risque peut dépendre de votre structure juridique, de votre secteur et de vos lecteurs. Si votre activité touche ces territoires, ou si vous avez une entité chinoise, consultez un conseil local avant de publier.

Critiquer l'économie chinoise est-il sensible pour un site d'entreprise ?

Cela peut l'être. RSF a signalé en 2007 qu'un site français, l'Observatoire international des crises, était bloqué après un article mettant en garde les entreprises contre le commerce avec la Chine.2036 C'est l'attribution de RSF, et le cas est ancien. L'article 15 vise aussi les rumeurs troublant l'ordre social, et les Dispositions de 2019 celles qui troublent l'ordre économique : rédigez vos analyses de marché avec soin.12

Une relecture des contenus peut-elle garantir que mon site ne risque rien ?

Non. Personne à l'extérieur du système ne peut le promettre : les règles finissent par une clause fourre-tout, et nous n'avons trouvé aucun critère d'application publié. Même Chinafy, qui vend une veille de mots-clés, dit ne pas garantir une exactitude de 100 %.18 Une relecture réduit le risque d'erreur évitable. Elle ne vous donne le feu vert de personne.

Sources

  1. Mesures sur l'administration des services d'information sur Internet, texte révisé (en chinois)
  2. Dispositions sur la gouvernance de l'écosystème des contenus en ligne (en chinois), Administration du cyberespace de Chine
  3. Loi sur la cybersécurité de la RPC, texte modifié (en chinois)
  4. Dispositions sur l'administration des services de recherche d'information sur Internet (en chinois), Administration du cyberespace de Chine
  5. Règlement sur la gestion des cartes, décret n° 664 du Conseil des affaires d'État (en chinois)
  6. AWS Chine : avis de conformité sur la gouvernance des contenus interdits (en chinois)
  7. Cloudflare : Get started with the China Network (en anglais)
  8. National Business Daily : Shanghai ordonne la fermeture pour une semaine du site chinois et de l'application de Marriott (en chinois)
  9. The Paper, repris par China Digital Times : Shanghai ordonne à Zara et Medtronic de corriger leurs sites (en chinois)
  10. CNBC, Reuters : China cracks down on foreign companies calling Taiwan, other regions countries (en anglais)
  11. CNBC, Reuters : China fines Muji for packaging that lists Taiwan as a country (en anglais)
  12. Taipei Times : 7-Eleven fined in China over Taiwan listing (en anglais)
  13. Bird & Bird, via Conventus Law : Marketing and advertising compliance for foreign businesses in China (en anglais)
  14. Citizen Lab : FAQ, a comparison of search censorship in China (en anglais)
  15. Citizen Lab : A comparison of search censorship in China, rapport complet (en anglais)
  16. Global by Design : Can displaying the Taiwan flag get your website shut down in China? (en anglais)
  17. Rambert et al. : Chinese Wall or Swiss Cheese? Keyword filtering in the Great Firewall of China, The Web Conference 2021 (en anglais)
  18. Chinafy : Keyword Visibility (en anglais)
  19. Jing Daily : The 10 most taboo topics for luxury brands in China (en anglais)
  20. RSF : French website blocked for warning of risks of investing in China (en anglais)
  21. Mesures sur l'administration des services d'information religieuse sur Internet (en chinois), publiées sur le site de l'Administration du cyberespace de Chine
  22. National Business Daily : Dispositions sur les services d'information d'actualité sur Internet, texte publié (en chinois)
  23. finews.asia : PR 101, how to create a safe select-country drop-down menu (en anglais)
  24. Taiwan News : article sur l'amende de 7-Eleven, citant Credit China (en anglais)
  25. Fox Business : China orders Muji to destroy catalog over 'problem map' (en anglais)
  26. Sixth Tone : Dairy company fined $45,000 over 'incorrect' map of China (en anglais)
  27. Kelsey Broderick, Global Taiwan Brief : Multi-national company treatment of Taiwan (en anglais)
  28. Administration du cyberespace de Chine : Mesures sur l'administration des services d'information sur Internet, projet révisé soumis à commentaires (en chinois)
  29. Ministère des Ressources naturelles : avis publiant la spécification sur le contenu des cartes publiques (en chinois)
  30. DailyO : China fines Seven-Eleven for calling Taiwan a country (en anglais)
  31. Sénat : question écrite n° 05989 de Jean-Marie Bockel et réponse du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères
  32. Assemblée nationale : question écrite n° 10535 de Denis Masséglia et réponse du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères
  33. Global News : article sur Air Canada et la mention de Taïwan sur son site (en anglais)
  34. Dazed : Dior apologises over a map of China which excluded Taiwan (en anglais)
  35. FashionUnited : Polémique, Swarovski rejoint la liste des entreprises critiquées en Chine
  36. RSF : Un site français bloqué parce qu'il mettait en garde sur les risques à investir en Chine
  37. Journal du Net : Travailler son référencement sous Baidu, chronique de Laurent Kupersztych
  38. Reuters, via Easybourse : Le joaillier Bulgari s'excuse après avoir listé Taïwan comme un pays et provoqué la colère en Chine
  39. La Libre, AFP : Samsung dénoncé en Chine pour ses références à Taïwan et Hong Kong
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